Le mois d’Août est généralement celui où les touristes sortent de leurs villes pour venir envahir les stations balnéaires du sud de la France.
(On dit « envahir », mais honnêtement, la plupart d’entre eux envahissent surtout leur serviette à 20cm celle du voisin).
Par chance, c’est aussi le moment où un bon nombre d’étoiles viennent filer dans le ciel nocturne du sud.
(Personne ne sait vraiment où elles filent, mais la rumeur dit qu’elles partent en vacances dans la constellation du Sagittaire, qui a apparemment de meilleures plages et un bar à cocktails assez réputé).
À cette période, il y a quelques années, on avait vécu un moment fabuleux avec notre amie Hélène. Sur la route du retour d’un festival, l’univers avait profité d’une de nos haltes pour nous sortir le grand jeu.
On avait passé une heure allongés au milieu des Landes, à admirer le ballet nocturne qui nous était proposé.
Un souvenir magique et impérissable. (Enfin, sauf pour Roland, le moustique qui a, quand à lui, trouvé ce souvenir plutôt périssable).
Cet enthousiasme pour les étoiles m’habite depuis longtemps, et ici on a la chance d’être à deux pas des Cévennes, plus grande réserve de ciel étoilé d’Europe.
(Une réserve, c’est pratique : on y range les étoiles comme des bocaux de confiture sur une étagère, il n’y a plus qu’à se servir).

Début août donc, on se décide à partir visiter ce ciel étoilé. Je vise vaguement un coin où j’avais repéré un observatoire, et nous voilà dans la voiture avec tente et popote.
On débarque au lac des Pises, lieu très sympathique, mais il y a un petit détail : nous sommes en plein cœur du parc national des Cévennes.
On remarque assez vite les 843 panneaux bordant le moindre sentier, annonçant qu’il est interdit de bivouaquer, de dormir dans la voiture, ou même de respirer un peu trop fort à proximité des fleurs.
On y jette un œil distrait en se demandant si c’est important. On ne reste qu’une nuit de toute façon, et puis on fait toujours bien attention à ne rien laisser derrière nous (sauf, parfois, des miettes de chips ou un enthousiasme un peu trop débordant pour la vie en plein air).
On profite de la fin d’après midi et de la température douce pour aller se balader au bord du lac et découvrir que les gardes forestier du parc veillent au grain.
Ils doivent aussi avoir peur de se faire envahir…
Nous voilà donc repartis pour trouver un spot de bivouac hors du parc. Heureusement, « on est pas trop loin »…
Mais la définition de « pas trop loin » en montagne est un concept purement théorique inventé par un oiseau sarcastique, qui continue à se moquer de nous depuis son perchoir.
Une petite heure plus tard (quand même hein…), on finit par s’installer au-dessus de Mandagout, sur une aire tranquille avec une vue somptueuse et un vent si violent qu’on aurait pu s’attendre à voir passer Mary Poppins en orbite basse.



Quand le soleil finit par se coucher, on découvre ce qu’on appelle une réserve de ciel étoilé.
En effet, c’est bien là qu’elles sont toutes, ces étoiles, quand on les cherche désespérément dans les ciels pollués des grandes villes .
Le spectacle est fascinant, presque insultant de beauté, et je doute de m’en lasser un jour.
Le vent, lui, souffle comme s’il avait mal compris notre envie de voir les étoiles, et pensait qu’il fallait nous y envoyer en personne.
Mais la beauté du ciel, tendu comme une immense toile d’encre jusqu’à l’horizon, nous retient éveillés pendant encore de longues heures. J’essaie de capturer quelques fragments de ce spectacle avec le vieux reflex de maman, qui fait un travail admirable malgré mon inaptitude avérée.
Le froid finit pourtant par gagner la partie. Amandine, emmitouflée dans trois ou quatre couches de doudoune – un peu comme une poupée russe décidée à battre un record – n’en peut plus. Nous abdiquons avec la dignité vacillante de pingouins frigorifiés et filons nous réfugier sous la tente.



Le lendemain, réveil sous de meilleurs auspices : j’ai droit à un superbe lever de soleil… puis je décide de retourner dormir. C’est dimanche après tout.
Un peu plus tard, je fais la connaissance d’un couple de vagabonds dont j’ai totalement oublié les noms. Mais je retiens bien leur café et la discussion qu’ils m’ont offerts, ce qui prouve que la mémoire humaine a un sens des priorités assez étrange.
Ils avaient dormi plus bas sur l’aire de parking et pensaient à nous la nuit dernière en se disant que, quand même, il y avait beaucoup de vent pour dormir sous la tente.
Ils n’avaient pas tort. Mais on était quand même mieux qu’en centre-ville, où les étoiles sont remplacées par les lampadaires (qui, contrairement aux étoiles, ne racontent jamais d’histoires intéressantes).





On passe la journée à lézarder au soleil : il fait désormais 36,523° de plus que la nuit dernière (oui, j’ai mesuré avec un thermomètre à variation quantique très précis).
Le vent s’est calmé, et je me laisse emporter par les histoires de Brandon Sanderson, qui a probablement aussi un faible pour les ciels étoilés, mais préfère nous raconter les aventures d’autres mondes, pour mon plus grand plaisir.


